Ce qu’il reste du Sommet des Amériques [opinion]

Opinion de Sébastien Bouchard (avril 2006 à Québec), ex-coordonnateur de la coalition Opération Québec Printemps 2001 (OQP2001).

Cinq ans après, voici un bref retour sur ce qu’a été la mobilisation autour du Sommet des Amériques et ses impacts à court et moyen terme.

Notons d’abord que la vaste campagne d’opposition au Sommet des Amériques s’est déroulée dans un contexte d’approfondissement des politiques néolibérales doublé d’une croissance des luttes sociales.  Cette mobilisation est une suite directe des manifestations de Seattle qui ont permis de faire dérailler les négociations de l’OMC.  C’est aussi la suite de la Marche mondiale des femmes, événement unique qui a fait le tour de la planète et dont l’origine est québécoise.

Mobilisation et prise de conscience

Loin de se résumer à une fin de semaine, certaines des mobilisations autour du Sommet des Amériques prennent plutôt la forme de dizaines de milliers de journaux, de milliers de conférences et de réunions d’organisation de même que de nombreux groupes d’affinité, coalitions et organisations. Le Québec prend alors conscience des enjeux liés à la mondialisation des marchés. Les sondages démontrent, à la suite de l’événement, une modification significative de l’opinion publique.

La négociation anti-démocratique de la ZLÉA, dont les députés eux-mêmes ne peuvent avoir accès aux textes, marquera plusieurs. C’est surtout la pression sur les programmes sociaux et les réglementations sociales et environnementales qu’implique le libre-échange qui offusquera les manifestant-es. Qui dit libre-échange dit éliminer tout ce qui nuit au commerce.

Le Sommet a aussi pris la forme de la Marche des peuples, qui a rassemblé plus de 60 000 personnes. Cette Marche a été précédée d’un Sommet des peuples des Amériques qui a adopté l’idée que la ZLÉA est un projet « néolibéral, raciste, sexiste et destructeur de l’environnement ». Ce rejet clair de l’accord de libre-échange contraste avec la position ambiguë de certaines centrales syndicales du Québec.

La mobilisation contre le Sommet a aussi permis une radicalisation de milliers de personnes qui a pris souvent la forme d’une opposition au capitalisme et aux inégalités qu’il engendre. Plusieurs garderons en tête les 15 000 personnes qui se sont rendus, en deux manifestations, jusqu’au mur de la honte pour le faire tomber. Plus qu'un symbole, ce qui a eu lieu, c’est la politisation d’une nouvelle génération que l’on retrouvera plus tard dans les groupes du mouvement étudiant, populaire et écologiste. La politisation, à vitesse variable, de l’anti-capitalisme à la mondialisation à visage humain, se manifestera par la création de plusieurs niveaux de coalitions (trois dans la ville de Québec) qui coordonneront une partie de leurs efforts, mais utiliseront aussi des tactiques différentes. La question des moyens d’action sera d’ailleurs le principal sujet traité par les médias, plus intéressés à savoir la quantité de matraques et de masques à gaz utilisés durant le Sommet que de chercher à comprendre les enjeux du libre-échange.

Le Sommet a enfin été un des rares moments où les mouvements sociaux du Québec, du Canada et du Nord-Est des États-Unis ont travaillé ensemble. Ce réseautage, au niveau international, se consolide depuis grâce aux forums sociaux qui se tiennent un peu partout sur la planète.

Un premier forum social québécois se tiendra d’ailleurs à Trois-Rivières en juin cette année. Dans la région de Québec, le forum social qui s’est tenu en 2002 a débouché sur la création d’une coalition permanente des mouvements sociaux de la région : le Réseau du Forum social de Québec Chaudière-Appalaches.

Sur le plan politique (partisan), l’unanimité néolibérale règne de l’ADQ au PQ en passant par le PLQ. En effet, Bernard Landry, alors premier ministre, aurait été bien mal vu de critiquer le libre-échange, lui qui a été avec son parti un acteur clé pour faire élire les conservateurs de Mulroney justement pour établir l’accord de libre-échange avec les É.-U. La position du PQ sera particulièrement pitoyable, se limitant à brailler pour avoir droit à une chaise autour de la table, sans jamais être capable d’analyser les dangers de ces accords. À l’opposé, l’Union des Forces progressistes obtient un résultat de 24 % dans les élections partielles de Mercier, un mois avant le Sommet.

Les suites du Sommet

Alors que les manifestations de Seattle avaient été suivies d’une série de mobilisations mondiales contre les grands sommets des dirigeants de la planète, les attentats du 11 septembre, cinq mois après le Sommet des Amériques, auront un effet démobilisateur particulièrement puissant en Amérique du Nord. Au Canada, une vaste campagne de mobilisation et de perturbations économiques contre l’OMC (Organisation mondiale du commerce) est tombée du jour au lendemain. C’est paradoxalement le rejet de l’invasion de l’Irak pour son pétrole, justifié par cet attentat et les pseudos armes de destructions massive, qui remobilisera massivement la planète. En effet, les 20 000 personnes qui, à Québec, se sont mobilisées de même que les 200 000 à Montréal et les 5 000 à Alma, Gatineau, Trois-Rivières et ailleurs au Québec et, dans une moindre mesure, au Canada, sont les héritières du Sommet des Amériques et de sa conscience internationaliste. La construction du nouveau parti Québec solidaire est aussi un héritage de l’incapacité du Parti Québécois à répondre aux attentes soulevées par les mobilisations du Sommet, mais aussi à celles de la Marche mondiale des femmes.

Au niveau des Amériques, trois facteurs expliquent l’incapacité actuelle d’adopter cet accord de libre-échange. À côté des mobilisations populaires des Amériques et de la prise de pouvoir par la gauche politique dans la majorité des pays, les crises engendrées par les politiques néolibérales en Amérique latine auront exacerbées les difficultés autour de la ZLÉA.

Le Sommet des Amérique fut tout d’abord un moment historique qui permit une prise de conscience politique des enjeux liés à la mondialisation capitaliste. Le Sommet est aussi, tout comme les mobilisations contre la guerre ou pour l’écologie, la preuve que ce n’est pas les intérêts individualistes qui poussent les gens à se mettre massivement en action, mais plutôt la volonté de construire un monde meilleur.

- Sébastien Bouchard

Ex-coordonnateur de OQP2001 (Opération Québec Printemps 2001), la coalition de Québec contre la ZLÉA.

Voir les Archives Québec 2001

Mises à jour

L'ex-projet de la ZLÉA est mort

Je suis relativement d'accord avec Sébastien sur ce qu'il reste du Sommet des Amériques, sauf que je crois que dans ton texte, Sébastien, il manque 2 choses à ne pas oublier, à mon avis.

1- L'expérience de l'organisation de cette lutte historique a eu un effet extraordinaire, ici à Québec. Nous avons appris à travailler ensemble, oui à l'échelle continentale mais SURTOUT ici à Québec. Il suffit de vérifier avec des militantEs qui n'ont pas eu la chance de vivre cette extraordinaire expérience dans leur ville.

Les différents membres individus des micros partis politiques (à idéologie étroitement cloisonnée) ont appris par l'expérience (par la pratique) à travailler ensemble, ce qui a, encore aujourd'hui, des effets extraordinaires à cause de la destruction de ces cloisons étanches déplorables.

Ce décloisonnement a été vécu également en dehors des partis politiques.

Des syndicats, associations étudiantes, groupes populaires et communautaires, et un nombre considérable d'individus non associés à des groupes ont appris à travailler ensemble, CE QUI EST ENCORE AUJOURD'HUI très facilement mesurable.

2- De plus, ce qui est négligé dans le texte de Sébastien, c'est la VICTOIRE sur la ZLÉA qui a été consacrée lors du plus récent Sommet des Amériques à Mar Del Plata, en Argentine, à la fin de 2005. Je ne comprend pas pourquoi nous avons la victoire aussi difficile, je cherche toujours...

Renaud Blais
Ex-coordonateur du Comité formation à OQP2001
(Opération Québec printemps 2001)

Activités en continu

Émissions de radio alternatives à Québec

   Il s'agit d'émissions sur les ondes radios communautaires de CKIA (88,3 FM), CKRL (89,1 FM) et CHYZ (94,3 FM).  Nous souhaitons donner plus de visibilité aux émissions radiophoniques indépendantes ayant un caractère engagé ou même progressiste. »»»

Ateliers grands publics - Métiers d’art pour tous/toutes à Québec

Située au cœur du dynamique quartier Saint-Roch, la Maison des métiers d'art de Québec offre des ateliers grand public animés par des artisans-créateurs professionnels, dans un contexte de formation favorisant une pédagogie individualisée.  Les locaux de la MMAQ sont vastes et dotés d'équipements spécialisés.

Plus de 30 ateliers, dont céramique, sculpture, textile, dessin, etc. !

  • NOUVEAU : session hiver 2019 : les inscriptions se font en ligne et les liens sont disponibles sur la page de chaque cours (lien ci-dessus)
  • Les ateliers durent entre 6 et 30 heures et le coût varie entre 100 et 250 $, que vous pouvez payer en deux versements. 
  • Toutes les inscriptions se font en ligne (ne pas confondre avec paiement) dans l'article de l'atelier qui vous intéresse sur le site ici de la MMAQ.  Après avoir complété votre inscription, il vous sera possible de payer tout de suite en ligne ou plus tard (par chèque ou en personne).

Canal Savoir - Tant de choses à découvrir gratuitement

Un grand nombre de vidéos, de qualité, sur divers sujets sont à votre disposition gratuitement sur le site du Canal Savoir.  Les sujets sont variés : divers enjeux démocratiques, environnement, histoire, l'inclusion des personnes différentes, santé, sciences en tout genre, solidarité et coopération internationales, etc.

Le Canal Savoir est un organisme sans but lucratif dédiée à la diffusion et à la vulgarisation des connaissances et de témoigner de l'effervescence des milieux de création du savoir.

Logo de l'émission Planète Terre : un globe terrestre sur un fond de nuages cosmiques bleu vaporeux. Les continents sont blancs.Par exemple, le CESIQ vous recommande l'émission Planète Terre (émission pour mieux comprendre l'actualité internationale avec l'aide d'expert.es du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal).

Ateliers et services gratuits dans Vanier et Duberger (45ans+)

Logo : dessin d'un phare maritime.À tous les mois, pour les personnes de 45 ans et plus, il y a plusieurs ateliers/rencontres sur divers thèmes organisés par la Fraternité de Vanier, ainsi que des services utiles dont notamment des repas chauds à domicile (! 5.5 $) et un transport pour vos rendez-vous médicaux (il faut contribuer au coût de l'essence seulement) !

Exemples de thèmes des rencontres : les Neurones grises à la Bibliothèque Duberger, la cuisine, les émotions et le rire, etc.

Site ou appelez 418-683-2400 / fraternitedevanier /arobas/ videotron.ca

SPOT : clinique itinérante

Logo: le O et le T ont un rond, comme une tête de personnages. Clinique communautaire de santé et d'enseignement.SPOT est une clinique à l'intention des personnes marginalisées et de celles en situation de vulnérabilité sociosanitaire, non rejointes par l'offre de soins et services, qui en plus d'offrir des soins et services adaptés, permettra de former, dans un contexte de collaboration interdisciplinaire, une relève professionnelle sensibilisée aux enjeux sociaux et aux besoins de santé de cette clientèle.

Elle est le fruit d'une grande collaboration des intervenant-es de terrain, universitaires, étudiant-es et des services de santé de la Capitale.

 www.cliniquespot.org ou 418-803-3398

 

NOUVEAU (2019) point de services dédié à la santé des femmes (incluant trans et queer) à la YWCA Québec tous les jeudis (dès le 7 février), de 12 h 30 à 15 h 30.

Comité CPU3S : un lieu d'entraide et de partage des expériences qui organise des sorties pour tous/toutes. Contact - Simon Vermette : pairaidant /arobas/ cliniquespot.org

Comité SPOT UL (université Laval) : voir leurs activités sur Facebook

Expositions ...

Pour les expositions et les activités artistiques,
nous recommandons l'agenda offert par la Ville de Québec et le média Quoi faire à Quebec

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